Dans le djebel Haraz

Le Yemen est un pays de la péninsule arabique, entre l’Arabie Saoudite et le sultanat d’Oman.

 

Ce pays, j’ai eu la chance d’y aller en 2009, avant qu’il ne sombre dans la guerre civile (avec l’aide de son puissant voisin saoudien). 

 

Hormis Sana’a qui est pour moi une des plus belles villes du monde, je suis allé marcher dans des montagnes superbes : le djebel Haraz.

 

C’est  un massif montagneux culminant à presque 3000m et qui sépare Sana’a de la plaine côtière du Tihama, en voici le récit.

 


De Sana’a à Manakha

Pour me rendre  à Manakha, la capitale du djebel Haraz à 2250m d’altitude,  j’ai un petit trajet en bus de 2 heures depuis Sana’a.

 

Il faut donner les laisser passer au checkpoint à la sortie de la capitale*.

Plus on s’éloigne de Sana’a,  plus le paysage est beau avec les villages perchés, les montagnes arides et les cultures en terrasse. Nous avons passé un col à plus de 3000m, dans le bus beaucoup mâchouillent le qat  et certains n’ont pas bien supporté les virages et ont bien vomi… Imaginez l’odeur !

 

Mon voisin est aux petits soins pour moi, me donne un schewing gum et m’achète un jus de mangue lors d’une pause, malheureusement la discussion est limitée à cause de la barrière de la langue.

 

Le bus m’arrête à une intersection d’où je dois prendre un taxi pour les quelques kilomètres qui me séparent de la ville. Le bus, lui, continue vers la plaine côtière du Tihama et la ville d’Al Hudaydah. 

 

 Arrivé à Manakha, je me rends au Al Hajjarah tourist hotel, il est tenu par une famille dont  l’accueil est chaleureux, c’est une bonne adresse.  

 

Comme toutes les maisons yéménites l’hôtel a un mafraj : une  salle de réception ou une salle commune où l’on mange, où l’on mâche le qat, où l’on joue de la musique,…

 

A l’hôtel je discute avec un guide, Ali, pour qu’il me guide à travers les montagnes entourant Manakha, de villages en villages. Le rendez-vous est pris pour le lendemain après le petit déj.

 

 

 

Manakha

La castration d’un âne

La nuit a été entrecoupée d’aboiements de chiens (ils vivent la nuit et dorment la journée) et d’un appel à la prière aux aurores.

 

 Le matin au petit dej,  voici donc mon guide Ali, prêt pour une journée de marche.

 

 

Il porte des chaussures neuves, sans chaussettes ! Je prédis des ampoules. Nous partons et rapidement en effet il est obligé d’enlever ses chaussures à cause des ampoules, il continue pied nu sur la route qui nous mène au prochain village d’ Al Hoteib  (ou Hutayb) où il achète des chaussettes.

Le village d’Al Hoteib est un lieu de pèlerinage pour les ismaéliens*, c’est ici que  se trouve la tombe du troisième Daï * yéménite, Hatim A-Hamidi. Une petite mosquée blanche domine un piton rocheux.

 

 

Maintenant direction la montagne en passant par un petit village perché à flanc de falaise, Kahel (ou aussi Kahil). Le temps est bizarre, il alterne entre éclaircies et nuages accrochés aux montagnes, cela donne une ambiance particulière à ce beau petit village en partie abandonné.

Après le village de Kahel, nous entamons une grosse montée en montagne, parfois nous voyons de minuscules villages ou hameaux perchés, que c’est beau, j’en prends plein les yeux.

Nous nous arrêtons devant la maison de Mohsen, un gentil père de famille qui nous accueille avec un thé. Ali troque ses chaussures neuves douloureuses pour une paire de sandales, il revit.

 

Al Hoteib

 

Kahel

 


Une belle rencontre : Mohsen et ses enfants

 

Nous repartons sur les sentiers de montagne, nous croisons parfois des troupeaux, nous voyons au loin des cultures en terrasse, les nuages jouent avec le relief. Heureusement qu’Ali est avec moi car il est difficile de s’orienter avec la multitude de sentiers que l’on croise. Il est aussi très utile pour servir de traducteur quand nous croisons des villageois, comme quand nous tombons sur la castration d’un âne en plein village, scène surréaliste. Ali m’explique qu’il était trop dangereux car en rut, il est agressif donc il faut calmer ses ardeurs à jamais !

 

 

Nous arrivons au village fortifié d’Al Hajjarah en fin de matinée, ce village est un joyau architectural, par contre c’est le plus visité du coin et ça se voit, des vendeurs étalent vite leurs marchandises à notre arrivée. J’en profite pour marchander une djambiya, le couteau traditionnel yéménite.

 

C’est l’heure de manger, après une matinée à crapahuter on a faim ! On mange dans le beau mafraj du seul hôtel d’Al Hajjarah : Husn Al Hajjarah tourism.

 

 

Après le déjeuner, c’est le retour vers Manakha par la route mais Ali stoppe un 4x4 qui nous emmène à destination. 

 

De retour à l’hôtel l’après-midi se passera à discuter et à boire du thé avec les proprios de l’hôtel et Ali. Ils m’étonnent à être très au courant de la politique mondiale, des problèmes mondiaux, ils sont très ouverts au monde et suivent l’actualité. Par contre ils mâchent leur qat comme des ruminants, ils ont la joue gonflée, ils me font essayer, je n’aime pas et en plus ça ne me fait rien.

Dire que le pays s’arrête dans l’après-midi parce que les hommes sont trop occupés à mâcher leur qat. Pour moi c’est un fléau, l’économie du pays est anesthésiée par ces feuilles, les cultures vivrières essentielles sont remplacées petit à petit par la culture du qat, qui en plus a d’énormes besoins en eau, dans un pays qui en manque.

 

 

En fin d’après-midi je pars faire un tour dans la ville de Manakha, qui est à moitié dans les nuages, une impression de bout du monde, j’adore.  J’entends des « hello » et des « welcome ». Par contre j’arrive à me perdre dans les rues plombées par le brouillard, c’est un gamin qui me guide vers l’hôtel.

 

La castration d’un âne

 

De beaux sourires !

Le village forteresse d’Al Hajjarah

 

Les cultures en terrasses

 


Un beau spectacle

 Ce soir au diner au mafraj, je suis avec un couple anglais et un sympathique polonais. Quelle soirée nous avons passée ! Nous avons eu droit à des danses traditionnelles, de la musique envoutante, des chants superbes, des jeux hilarants, nous les touristes avons été mis à contribution, moi qui n’aime pas danser, j’ai dû m’y coller. Merci pour cette belle soirée !

 


Le village où les femmes sont belles

 C’est parti pour une nouvelle journée de rando !  Nous partons vers Al Hajjarah en passant par les champs et cultures en terrasses. Après Al hajjarah nous continuons de villages en villages à travers les champs. Partout le même accueil sympathique, des gamins voire même des familles m’interpellent depuis leur fenêtre.  Que les paysages sont beaux, entre les sommets, les cultures en terrasses et les villages perchés à l’architecture  si particulière !

 

 

Juste avant d’arriver à un village, Ali me dit : « tu verras, ici, les femmes sont belles », je suis étonné, je lui réponds : « ah bon, pourtant on ne voit que les yeux » et là il me répond : « ça se voit rien qu’avec les yeux », il m’a scotché, on verra. A la sortie du village, oui, on a croisé des femmes, comme dans les autres villages, et je n’ai pas vu de différence… Les femmes au Yémen ressemblent à des fantômes noirs, on les voit dans les rues, elles sont la plupart entièrement voilées de noir, on ne voit que les yeux.

 

 

Nous allons de villages en villages, partout le même accueil bienveillant, les yéménites adorent être pris en photo, je me régale ! On est vendredi, jour de prières, on entend beaucoup d’appels à la prière, qui partent de tous les villages alentours.

Nous marchons dans les cultures en terrasse où ils font pousser du qat, du café, du sorgho et de l’herbe à salta (le plat national du Yémen).  Les villages sont entourés de pas mal de cactus, Ali me dit qu’ils sont friands de leurs fruits.  

 

Certains villages sont vraiment entourés par le vide, sur une crête verticale, il ne faut pas avoir le vertige pour y vivre.

 


Un simulacre de mariage

Ce soir au mafraj, il y a un groupe de tchèques et un coupe italo yéménite, je sympathise avec Moamar, le yéménite du couple.

 

Après le bon repas c’est au tour du spectacle, il va être différent de la veille et surtout je ne vais pas y participer, les tchèques sont là.

 

Il y a d’abord un simulacre de mariage, une touriste tchèque s’y colle avec un yéménite. Ce soir le patriarche proprio de l’hôtel est là, il en impose, il a du charisme, il danse  avec ses fils, c’est beau.

 

Comme la veille, c’est une alternance de chants, danses et jeux, encore une belle soirée !

 

La famille qui tient l’hôtel vend des CD et DVD des spectacles et des chants, les tchèques se les arrachent.

 


Un joli sourire d’enfant

Ce matin je prends mon petit dej avec  le sympathique  Moamar et sa compagne italienne « muette ». On parle de notre emploi du temps du jour, ils vont à Al Hoteib, il me propose de m’emmener en voiture là-bas car je veux faire une boucle Manakha- Al Hoteib- Kahel- Manakha. C’est ma dernière matinée ici, il fait très beau, je veux en profiter.

 

 

Depuis Al Hoteib, je monte vers Kahel, la vue est dégagée, aucun nuage, quelle vue sur les montagnes et les villages perchés ! La végétation  révèle ses couleurs au soleil, ainsi que Kahel qui a une autre gueule sous le soleil radieux.

 

 

A l’entrée du village je me pose sur un gros rocher plat, en équilibre au bord du vide. Et là je savoure le paysage, je me dis que j’ai de la chance de vivre ces moments que procurent les voyages.

 

 

Je marche dans les ruelles du village quand j’entends une petite voix qui m’appelle, je lève la tête, c’est une petite fille qui me fait un beau sourire, adorable !

 

Une fillette adorable

 


Le village de Kahel

 

De Kahel, un sentier descend vers Manakha, au détour d’un virage, Manakha et ses bruits se dévoilent devant moi, fini le calme des montagnes.  Plus je descends, plus j’entends les bruits de voix, de klaxons, de musique, de la vie dans cette petite ville des montagnes, en plus c’est jour de marché.

 

 

Je retourne à l’hôtel, je libère la chambre, je fais connaissance avec Abdallah, un guide sympathique qui me demande de faire parvenir un petit cadeau à un couple de français, avec plaisir.

 

Après un dernier déjeuner collectif avec Moamar et d’autres personnes où l’on pioche tous dans les plats à la main droite (la gauche est impure), je m’apprête à partir  pour l’intersection  d’où je stopperai un bus. Mais Abdallah qui est reconnaissant du service que je lui rends,  me paie la course en moto taxi jusqu’à l’intersection et donne des instructions au chauffeur de la moto. Le chauffeur de moto ne partira que quand je serai dans un taxi collectif (dont le chauffeur a une kalachnikov entre lui et la portière).

 

Départ vers Sana’a pour de nouvelles aventures, merci au djebel Haraz pour ces paysages, ces rencontres et toutes ces émotions vécues, j’en garderai un souvenir inoubliable! Shoukran!

 

Au revoir et merci pour votre accueil !

 

Avec Moamar pour un dernier repas collectif avant le départ

 


 Voici le récit de mon séjour dans le djebel Haraz effectué en 2009. J’étais triste en écrivant cet article, que sont devenues ces personnes  croisées ? J’ai eu un accueil incroyable dans ce pays, que de sourires échangés et de partage.

Depuis ce séjour le Yémen est en proie à une guerre menée par une coalition arabe sunnite (commandée par l’Arabie Saoudite) qui lutte contre les rebelles Houtis chiites. Sachez que la France (entre autres)  participe indirectement à cette guerre en vendant des armes à l’Arabie Saoudite, ces armes tuent des civils yéménites et détruisent des hôpitaux, des écoles et des joyaux architecturaux.

Et que reste-t-il de Sana’a ? J’espère y retourner un jour, inch’allah…

 

Légende:


*Pour sortir de Sana’a il faut faire une demande de laisser passer en indiquant notre itinéraire car on ne peut pas aller partout dans le pays (pour cause de guerre civile notamment dans le nord  à Saada). Il faut faire des photocopies des laisser passer pour donner une copie à chaque checkpoint rencontré.

 

 

*ismaéliens : ils sont les membres d’un courant minoritaire de l’Islam chiite,  vivant pour leur grande majorité en Inde, en Afghanistan, au Pakistan, en Syrie et au Yémen.

 

 

*daï : chef religieux en arabe

 

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