Le tourisme de mémoire

Au cours de mes voyages j’ai eu  l’opportunité de visiter des lieux forts, émouvants, importants pour la mémoire collective.

 

Ces lieux m’ont beaucoup appris, m’ont bouleversé, on ne peut pas rester de marbre face à ces tristes témoignages de notre histoire.

 

Voici quelques-uns de ces lieux de mémoire que j’ai eu la chance de visiter.


Yad Vashem

A Jérusalem se trouve le mémorial de la Shoah : Yad Vashem, construit en mémoire des victimes juives de la Shoah pendant la seconde guerre mondiale. Lors de mon périple de 1999 je suis passé par Israël et j’ai visité ce lieu de mémoire.

C’était le premier lieu de ce genre que je visitais, un moment inoubliable.

 

La première chose qui me vient en souvenir est le "jardin des Justes", dédié aux non juifs qui ont aidé et sauvé au péril de leur vie des juifs, on les appelle les « Justes parmi les Nations ». Ce jardin est planté d’arbres qui ont une plaque nominative, un Juste parmi les plus célèbres est Oskar Schindler ( voir le film « La liste de Schindler » de Steven Spielberg).

 

Tout est émouvant à Yad Vashem mais ce qui m’a le plus marqué est la « Vallée des Communautés », une sorte de canyon creusé dans la roche où  sont gravés les noms des milliers de communautés juives touchés par la Shoah, classés par  pays et par villes. Je me souviendrai toute ma vie d’une jeune polonaise qui retrouve un nom gravé et qui pleure en le touchant.

 

Il y a une salle, le « Mémorial des enfants », dédié aux enfants morts en déportation ou dans les ghettos, la salle est illuminée par des milliers de bougies et les noms sont constamment égrenés, là aussi on ne peut pas rester de marbre...

 

 La « Crypte du Souvenir » est un lieu de recueillement où reposent des cendres de victimes de la Shoah. Cette crypte est plongée dans le noir, une flamme éternelle y brûle.

 

Voici ce qui m’a le plus marqué à Yad Vashem, mais je me souviens aussi de monuments, d’autres mémoriaux et de statues comme  «  the Last March ».

Je recommande cette visite qui nécessite de nombreuses heures, si je reviens un jour à Jérusalem, j'y retournerai.

La Crypte du Souvenir

En mémoire à Oskar Schindler, Juste parmi les Nations


Cette polonaise pleurait en touchant le mur

Dharamsala

Dharamsala (ou plutôt Mc Leod Ganj) est la ville du gouvernement tibétain en exil suite à l’invasion chinoise du Tibet en 1950. Cette ville est située en Inde, dans l’état d’Himachal Pradesh, sur les contreforts de l’Himalaya. Lors d’un voyage dans le coin j’ai voulu absolument y aller, en partie en soutien au peuple tibétain en exil ou encore sur place.

 

A côté du temple principal du 14ème Dalaï Lama se trouve le musée du Tibet. Il a pour but d’informer sur la culture et l’histoire tibétaine mais aussi de retracer l’invasion chinoise au Tibet par le biais de documents et photos. Il y a aussi une exposition permanente sur l’exil des tibétains vers l'Inde, depuis leur pays occupé et martyrisé.

Dans ce musée on voit que le Tibet était un pays à part entière avec sa monnaie, ses timbres, son gouvernement. Il y a une partie montrant des films, des témoignages d’exilés  et des photos montrant les exactions des chinois au Tibet (torture, arrestations, tabassages, travaux forcés, destruction de temples et monastères,…).

 

A la période où j’y étais, des moines s’immolaient par le feu régulièrement au Tibet, pour protester et alerter le monde sur les exactions des chinois. Un soir j’ai assisté à une procession silencieuse et émouvante dans les rues seulement éclairées par des cierges. Les commerces tenus par les tibétains étaient fermés par solidarité, Dharamsala était une ville morte en soutien aux immolations.

 

A la suite d’une visite à Dharamsala, on ne peut plus rester insensible à la cause tibétaine.

Les moines qui s’immolent au Tibet


 C'est clair, non ?

Musée et mémorial du génocide arménien

La France a reconnu le génocide arménien en 2001, comme de nombreux autres pays.

Avec ma femme, nous étions en Arménie pour le centenaire du génocide, c’était un pur hasard. Lors de notre séjour à Erevan, par une matinée pluvieuse et grise, nous sommes allés au mémorial et au musée du génocide, appelé Tsitsernakaberd.

 

Le mémorial est composé d'un édifice fait de 12 stèles au milieu duquel brûle un feu permanent, il y a aussi des gerbes de fleurs. A côté se trouve une pointe de granite de 44 mètres de haut divisée en 2 parties, symbolisant les deux Arménie : orientale (l’actuelle Arménie) et occidentale (la partie perdue en territoire turc).

 

Devant le musée, des sapins ont été plantés symboliquement par des chefs d’état, des personnalités politiques, des communautés religieuses ou encore des institutions avec une plaque commémorative, ça me rappelle les arbres des Justes à Yad Vashem, à Jérusalem.

Le musée souterrain est très bien documenté par des photos d’époque, des coupures de presse, des films de propagande ottomans.

Il y a un livre témoignage d'une rescapée que j’aimerais trouver pour le lire : « A l’Arménie ravagée » (« Ravished Armenia ») d’Aurora Mardiganian.

Le mémorial

Une des nombreuses plaques de soutien de la part de communauté, de chefs d’état, d’institution, …


Musée du souvenir de la guerre du Vietnam

J’avoue que quand j’étais au Vietnam, j’ai souvent pensé à la guerre du même nom qui s’est déroulée de 1955 à 1975. Adolescent j’ai regardé des films traitant du sujet comme par exemple « Full metal jacket », « Apocalypse now » ou encore « Platoon ». De passage à Ho Chi Minh Ville il fallait que j’aille au musée.

 

Dès la cour du musée on est dans l’ambiance avec des hélicos, chars ou encore avions américains et dans le bâtiment, il y a plusieurs salles thématiques. On y trouve des photos de reporters de guerre de différentes nationalités, des photos de personnes malades ou ayant des malformations plusieurs décennies après. On y voit d’ailleurs que même les enfants des soldats américains ont été aussi touchés.

On y voit aussi une galerie d’armes en tout genre, effrayant…

Le musée est assez orienté vers une propagande anti américaine du genre : « regardez ce que les méchants américains ont fait aux gentils Viêt-Cong », assez manichéen.

 

 

Pour compléter la visite, j’aurais pu aussi aller voir les tunnels de Cu Chi, un système de tunnels souterrains étroits  creusés par les Viêt-Congs, pour se protéger des bombardements et pour se déplacer en toute discrétion. Mais ce lieu semble maintenant une sorte de "disneyland" pour touristes.

 

Après la visite on regarde les gens plus âgés en se disant qu’ils ont vécu la guerre.

La terre est encore contaminée de nos jours par l’agent orange (un herbicide) répandu par les avions de l’armée américaine, donnant encore des cancers et des malformations sur  la population. Le riz et d’autres cultures portent encore aujourd’hui des traces de l’agent orange.

La propagande américaine, avant d’aller au combat

Une photo montrant une forêt dévastée après un bombardement


Tuol Sleng (ou S21)

Lors de mon voyage au Cambodge et de mon passage à Phnom Penh, je suis allé visiter l’ancienne prison Tuol Sleng. Les khmers rouges qui dirigèrent le pays de 1975 à 1979, avaient transformé un lycée en prison où se pratiquait la torture.

 

Sans même entrer, le décor est planté avec la grosse porte en tôle ondulée et les barbelés. Dans des salles on y voit des tableaux peints par un ancien prisonnier, montrant les méthodes de torture.

Il y a aussi des photos saisissantes de portraits de prisonniers avec le regard apeuré ou absent et même des photos de cadavres, certains sont des gamins…

On peut voir aussi des crânes humains dans une vitrine, des photos de charniers, des cellules individuelles laissée telles quelles, des salles de torture avec les instruments de torture, une potence.

Une expo retrace la prise de pouvoir et le règne des khmers rouges. Je finis par un film documentaire éprouvant sur le témoignage de survivants et d’un bourreau qui explique comment il tuait des prisonniers, il explique la chose avec le sourire, c'est assez déroutant...

 

Je ressors de là vidé, cette visite a été éprouvante, je n’ai pas voulu aller visiter les « Killing fields » (lieux d’exécution et charniers de prisonniers), Tuol Sleng m’a suffi.

 

 Après cette visite, quand je croisais des personnes de plus de 50 ans, je me demandais si c’était un ancien khmer rouge ou une victime des khmers rouges.

 

Si vous voulez en savoir plus vous pouvez regarder le film « La Déchirure » ou lire ce livre que j’ai lu sur place: « D’abord ils ont tué mon père » de Loung Ung.

Un lycée reconverti en prison

 Une des méthodes de torture peinte par une victime elle même


Auschwitz

En 2003, quand je suis allé skier avec des potes dans le massif des Tatras en Pologne, au sud de Cracovie, j’ai voulu me rendre à Auschwitz, le plus grand et le plus connu des camps de concentration et d’extermination des nazis.

Je voulais me rendre compte par moi- même et voir par mes propres yeux ce triste témoignage des heures les plus sombres de l'humanité, ce que certains osent nier ou minimiser.

 

Il y a trois camps à Auschwitz: le camp principal de travail Auschwitz I,  le camp d’extermination Auschwitz II (ou Birkenau) et Auschwitz III, un autre camp de travail. J’ai visité Auschwitz I et Auschwitz II.

 

Que cette visite fut éprouvante et émouvante… Je suis avec mes potes mais je veux être seul, dans ma bulle.

 

 On commence par Auschwitz I, dès l’entrée le ton est donné avec un tristement célèbre portique où est écrit le non moins célèbre et ironique  « arbeit macht frei » (« le travail rend libre »).

Ce camp est un musée où sont exhibés les effets personnels des prisonniers et des déportés. On peut voir derrière des vitres des tas de lunettes, de cheveux, des valises, des chaussures, des vêtements d’enfants,… Il y a aussi des cellules plus ou moins grandes et un four crématoire.

Comment décrire les portraits de personnes aux regards vides, effrayés, épouvantés, « morts vivants »  ou résignés.

Et dans une cour se trouve le mur d’exécution, c’est la cour des fusillés. Les fenêtres des bâtiments étaient obturées pour cacher les exécutions.

  

La deuxième partie de la visite nous amène à Birkenau,  le camp d’extermination.

Il ne reste pas grand-chose comparé au camp I, les nazis ont voulu faire disparaître des preuves à l’approche des russes, mais ce qu’il reste montre bien l’horreur de la machine de mort nazie. Il reste les miradors, les barbelés, des baraquements, des latrines, des fours crématoires, des chambres à gaz et parfois, en pleine nature, il y a des panneaux demandant le recueillement devant une fosse commune où sont enterrées des cendres de milliers de déportés.

 

 Attention, une visite d’Auschwitz ne se prend pas à la légère, pour moi c’est une visite à faire au moins une fois dans sa vie mais elle n’est pas à la portée de tout le monde, on en ressort pas indemne… Lors de mon prochain voyage à Berlin, je compte me rendre à Sachsenhausen, un autre camp de concentration.

Miradors et barbelés

 Là où arrivaient les trains de déportés à Birkenau


Voici donc ces lieux que j’ai voulu absolument visiter, on a beau voir des documentaires, rien ne vaut leur visite. Je ne suis pas morbide de nature mais pour moi, la visite de ces sites est indispensable pour la compréhension du pays, voire de notre histoire commune et peut-être aussi pour faire taire certains sceptiques ou  révisionnistes.

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Commentaires : 8
  • #1

    Manola (dimanche, 19 février 2017 20:59)

    merci pour ce partage....je ne pensais pas que des vestiges pouvaient donnaient encore autant d'émotion...
    de lourds épisodes humaines à des stades différents dans des pays surtout très différents des uns des autres, mais avec cette même haine sur d'autres humains...
    encore merci pour ce partage!

  • #2

    Sab (dimanche, 19 février 2017 21:44)

    Très émouvant... je veux y aller ( à auchwitz ) mais comme tu dis je n'en ressortirai pas indemne, c'est impossible... nous venons juste de regarder la bande annonce de "la liste de Schindler " déjà les images (réelles) remuent et ce ne sont que des images à travers un écran... être sur le lieu doit prendre les tripes. Tous ces lieux historiques sont précieux pour la mémoire collective. Très bon article

  • #3

    selamat jalan (lundi, 20 février 2017 09:59)

    Merci Mano, en effet la cruauté humaine n'a pas de frontière, ces pays sont bien différents mais l'histoire se répète... L'homme ne retient pas les leçons du passé.

  • #4

    selamat jalan (lundi, 20 février 2017 10:04)

    Salut frangine, en effet on n'en ressort pas indemne d'une visite à Auschwitz et ce film, "la liste de schindler", je l'ai regardé plusieurs fois et à chaque fois avec émotion, il me remue ce film!
    Merci!

  • #5

    Maeva (vendredi, 24 février 2017 00:13)

    Coucou!
    J'adore j'adore j'adore, article très très intéressant qui m'a permis de me rendre compte que je ne connaissais rien ou quasi rien de l'histoire. Ce sont des choses très émouvantes à lire, à apprendre ou à regarder en film, alors etre sur les lieux..... J'imagine pas! Le fait de savoir que des gens ne croient pas à tout ça me fait peur... Pour finir j'ai une question, tu parles des tunnels Cu Chi a un moment, en disant que c'est devenu le "disney land" des gens. C'est à dire?
    Bref j'ai adoré! Bisous!

  • #6

    selamat jalan (vendredi, 24 février 2017 08:30)

    Merci Maeva!
    Tu sais certains le nient car ils n'ont pas vu de leurs yeux ou ils sont trop influençables...
    A propos des tunnels de Cu Chi, c'est hyper touristique, les touristes y vont par bus entiers et la plupart s'amusent dans ces tunnels qui sont des vestiges importants de l'histoire de la guerre du Vietnam. Je n'ai pas voulu y aller.
    Bises.

  • #7

    David HATUEL (dimanche, 26 février 2017 19:53)

    Excellent travail et de très bonne qualité.

    Mouais.....dur tout ça....
    J'en profite pour rendre hommage à mon grand père Felix, ancien Zonderkommando à Birkenau, sorti vivant de cet ENFER.
    Visite de Auschwitz prévue l'année prochaine en tout cas.
    "Arbeit macht frei"...s'ils avaient su.....

  • #8

    selamat jalan (dimanche, 26 février 2017 20:10)

    Merci David!
    Wouah, ton grand père a vécu des choses horribles...
    Pour nous ce sera visite de Sachsenhausen en mai, un autre camp de concentration près de Berlin.